Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/150

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place aux énormités du haut Orient. On vise à l’impossible, à une sorte de douceur subversive de l’humanité, comme celle que l’Inde seule a pu, au prix de son anéantissement politique, réaliser dans la vie.

L’Église orthodoxe aperçut très-vite le danger de ces chimères ; le millenium surtout devint pour tout chrétien sensé un véritable objet d’antipathie. Ne pas prêter à Jésus et aux apôtres une opinion qui, chaque jour, devenait une absurdité de plus en plus évidente ; écarter du seuil du christianisme cette colossale objection que l’idée dominante de ses fondateurs fut un rêve manifeste, devint la perpétuelle préoccupation des esprits qui, comme Origène, Denys d’Alexandrie, Eusèbe et les Pères hellénistes, ne virent dans la doctrine de Jésus qu’une philosophie révélée. On chercha tous les moyens possibles pour se débarrasser de l’Apocalypse[1]. Quant à Papias, qui, de tous les écrivains ecclésiastiques, était le plus fortement pénétré de la pensée primitive, sa fidélité à la tradition lui devint funeste. On s’efforça de le faire oublier ; on cessa de le copier ; les curieux seuls le lurent. Eusèbe, tout en ayant pour lui du respect, le déclare sans

  1. Vie de Jésus, p. 293, note 3 ; l’Antechrist, 374-375, note, 460-461.