Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/184

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ni la philosophie. Valentin aurait dû se contenter d’être un philosophe. Loin de là, il cherchait, comme les ecclésiastiques, à capter des disciples. Quand il s’était insinué dans la confiance de quelqu’un, il lui proposait diverses questions pour lui montrer l’absurdité de l’orthodoxie. Il essayait en même temps de lui persuader qu’il y avait mieux que cela ; cette vérité supérieure, il l’exposait avec mystère. Si on lui faisait des objections, il laissait tomber la discussion d’un air qui signifiait : « Vous ne serez jamais qu’un simple fidèle[1]. » Ses disciples se montraient également insaisissables[2]. Quand on leur adressait des questions, ils fronçaient le sourcil, contractaient leur visage, se dérobaient en disant : « O profondeur ! » Pressés, ils affirmaient, à travers mille ambiguïtés, la foi commune, puis revenaient sur leurs aveux, déroutaient l’adversaire et s’échappaient en disant : « Vous n’y entendez rien[3]. »

Déjà l’essence du catholicisme était de ne souffrir aucune aristocratie, pas plus celle de la philosophie hautaine que celle de la sainteté prétentieuse. La position de Valentin était très-fausse. Pour se

  1. Irénée, III, 15 ; Tertullien, In Val., c. 1.
  2. Δυσμαθής, c’est l’épithète que leur donne le simple et bon Hermas. Sim. ix, 22.
  3. Tertullien, l. c.