Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/183

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païens comme pour les Juifs[1]. Une foule de choses dans l’enseignement de l’Église lui paraissaient grossières, inadmissibles aux yeux d’un esprit cultivé. Il appelait les orthodoxes « galiléens », non sans une nuance d’ironie[2]. Avec presque tous les gnostiques, il niait la résurrection des corps, ou plutôt soutenait que, en ce qui concerne les parfaits, la résurrection est accomplie[3], qu’elle consiste dans la connaissance de la vérité, l’âme seule pouvant être sauvée[4].

Si Valentin se fût borné à nourrir intérieurement ces pensées, à en causer avec ses amis, à ne fréquenter l’Église que dans la mesure où cela répondait à ses sentiments, sa situation eût été tout à fait correcte. Mais il voulait plus : il voulait, avec ses idées, avoir de l’importance dans l’Église, et il avait tort ; car l’ordre de spéculation où il se complaisait n’était pas celui que l’Église devait encourager. Le but de l’Église était l’amélioration des mœurs et la diminution des souffrances du peuple, non la science,

  1. Clém. d’Alex., Strom., VI, 6.
  2. Fragm. dans Photius, cod. ccxxx, p. 273, Bekker.
  3. Tertullien, Præscr., 33 ; De resurr. carnis, 2, 19 ; Pseudo-Aug., hær. 11.
  4. C’est la doctrine que paraît combattre II Clem., 9 : Ἡ σὰρξ οὐ κρίνεται οὐδὲ ἀνίσταται. Cf. Hermas, Sim. v, 7 ; Acta Theclæ, 14 ; Justin, Dial., 80 ; Irénée, I, xxiii, 4 ; II, xxxi, 1 ; V, xxxi, 1.