Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/196

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ne reculèrent devant aucun des excès du mysticisme sensuel, proclamant l’indifférence des actes, la communauté des femmes, la sainteté de toutes les perversions, comme des manières de délivrer l’esprit de la chair. Cette délivrance de l’homme spirituel, qui arrache l’âme aux méchants démiurges pour la réunir au Dieu suprême, a été l’œuvre des sages, Pythagore, Platon, Aristote, Jésus, etc. On adorait les statues de ces sages, on les couronnait, on leur offrait de l’encens, même des sacrifices. Jésus, fils de Joseph, avait été, selon Carpocrate, l’homme le plus juste de son temps. Après avoir pratiqué le judaïsme, il en reconnut la vanité, et c’est par cet acte de dédain qu’il mérita la délivrance. Il n’est nullement interdit d’aspirer à l’égaler et même à le surpasser en sainteté. Sa résurrection est une impossibilité ; son âme seule a été reçue au ciel ; son corps est resté sur la terre. Les apôtres Pierre, Paul et les autres ne furent pas inférieurs à Jésus. Mais, si on pouvait arriver à un plus parfait mépris pour le monde des démiurges, c’est-à-dire pour la réalité, on les surpasserait. Ce pouvoir, les carpocratiens prétendaient l’exercer par des opérations magiques, des philtres, des maléfices. Il est clair que ce n’étaient

    xxvi, 2, 3 ; xxvii ; xxx, 14 ; xxxii, 3 ; Théodoret, I, 5 : Philastre, 35 ; Pseudo-Aug., hær. vii.