Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/280

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d’une naissance qu’on avouait irrégulière[1]. Les raisonnements tirés des Écritures ne les touchaient pas davantage. Ils s’impatientaient de s’entendre opposer certains passages où il semble qu’il est question de Dieu au pluriel. Le trait de la Genèse : « Faisons l’homme à notre image… » avait en particulier le privilège de les agacer. Un joli agada fut créé pour parer à cette objection : « Quand Dieu dictait le Pentateuque à Moïse, et qu’il fut arrivé au mot naasé, « faisons », Moïse étonné refusa d’écrire, et fit à l’Éternel de graves reproches de ce qu’il portait ainsi au monothéisme un coup mortel. L’Éternel maintint sa rédaction, en disant : « Que celui qui veut se tromper se trompe[2] ! » Les juifs admirent généralement que, partout où il y a, dans la Bible, un passage favorable à la pluralité des personnes divines, Dieu, par une providence spéciale, a disposé les choses de façon que la réfutation se trouve à côté[3].

L’essentiel pour les chrétiens était de montrer

  1. V. les Évangites, p. 189-190. La première trace de cette fable est peut-être dans Mischna, Jebamoth, iv, 13 (dire de Ben-Azaï [commencement du iie siècle], qui dit l’avoir lu dans un livre de iouhasin). Cette fable est restée traditionnelle chez les juifs jusqu’aux temps modernes. V. le Toledoth Iéschou, écrit récent.
  2. Bereschith rabba, ch. 8.
  3. Bereschith rabba, c. 8 ; Talm. de Jér., Berakoth, ix, 1, fol. 12 d. Voir Talm. de Bab., Sanhédrin, 38 b, en comp. Justin, Dial., 25, 64.