Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/325

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c’est avec les autorités seules qu’ils veulent argumenter[1]. Comme on sent bien que, le jour où le gouvernement se relâchera de ses rigueurs, le christianisme et lui s’entendront vite ! Comme il est visible que le christianisme sera enchanté d’être la religion du gouvernement !

Chose singulière ! la seule partie de la société païenne avec laquelle les chrétiens eussent quelque analogie d’opinion était le groupe des épicuriens. Le nom d’athées était également attribué aux disciples de Jésus et à ceux d’Épicure. Ils avaient, en effet, pour trait commun de nier, par des raisons fort différentes il est vrai, le surnaturel puéril, les merveilles ridicules auxquelles croyait le peuple[2]. Les épicuriens y voyaient des supercheries de prêtres ; les chrétiens des supercheries du démon. Ce qui aggravait le cas des chrétiens, c’est qu’on les supposait capables par leurs exorcismes de faire cesser les prodiges locaux et d’imposer silence aux oracles qui faisaient la fortune et la célébrité d’une ville, d’un pays[3].

  1. Martyre de Polyc., 10. Cf. Méliton, dans Eus., H. E., IV, xxvi, 6.
  2. Lucien, Alex., 25, 38, 43, 44-45, 46, 47, 61 ; Ælius Aristide, II, p. 401 et suiv., Dindorf (Bernays, Lucian und die Kyniker, p. 38-39, 100 et suiv.). Κοινοὶ τῶν θεῶν πολέμιοι. Arist., I, 423.
  3. Fait d’Astyrius à Panéas, Eus., H. E., VII, 17 ; épisode du corps de saint Babylas à Daphné, sous Julien (Rufin, Sozom.,