Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/340

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de Pierre en étaient l’objet principal. On y racontait les missions du chef des apôtres, principalement le long de la côte de la Phénicie, les conversions qu’il avait opérées, ses luttes, surtout contre le grand Antechrist qui était à cette époque le spectre de la conscience chrétienne, Simon de Gitton. Mais souvent, à mots couverts, sous ce nom abhorré se cachait un autre personnage : c’était le faux apôtre Paul, l’ennemi de la Loi, le destructeur de l’Église véritable[1]. L’Église véritable, c’était celle de Jérusalem, présidée par Jacques, frère du Seigneur. Aucun apostolat n’était valable, s’il ne pouvait montrer des lettres émanant de ce collège central. Paul n’en avait pas, c’était donc un intrus. Il était « l’homme ennemi », qui venait par derrière semer l’ivraie sur les pas du vrai semeur[2]. Aussi avec quelle force Pierre mettait à nu ses impostures, ses fausses allégations de révélations personnelles, son ascension

  1. Cf. les Apôtres, p. 266 et suiv. ; Saint Paul, p. 291 et suiv. Voir Homélie ii, 17, 22 et suiv. ; xvi, 15, 16 ; xvii, 17, 18, 19 (cf. Gal., ii, 11). Il est hors de doute que Simon de Gitton a été un personnage réel et qu’il figure souvent pour son compte dans le roman pseudo-clémentin, tel que nous l’avons ; mais les passages précités ne peuvent convenir uniquement à Simon de Gitton.
  2. Matth., xiii, 24 et suiv. Cf. Saint Paul, p. 305. Épiphane, hær. xxx, 16, semble supposer des écrits ébionites où Paul était nommé par son nom.