Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/358

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contour, qui fait croire au lecteur que les choses n’ont pas pu se passer autrement, toutes ces qualités, qui constituent la beauté des Évangiles et des Actes canoniques, manquèrent à la légende de la mort de Pierre et de Paul. Il en exista des rédactions anciennes qui ont disparu, mais qui ne différaient pas essentiellement de celles qui nous ont été conservées[1] et qui ont fixé la tradition sur ce sujet important. Le travail de la légende fut riche et rapide. Rome et tous ses environs, surtout la Voie d’Ostie, furent comme remplis des souvenirs qu’on prétendait se rapporter aux derniers jours des deux apôtres. Une foule de circonstances touchantes, la fuite de Pierre, la vision de Jésus portant sa croix, l’iterum crucifigi, le dernier adieu de Pierre et de Paul, la rencontre de Pierre et de sa femme, Paul aux eaux Salviennes, Plautilla envoyant le mouchoir qui retenait ses cheveux pour bander les yeux de Paul, tout cela fit un bel ensemble, auquel il ne manqua qu’un rédacteur à la fois habile et naïf. Il était trop tard : la veine

  1. Acta Petri et Pauli, dans Thilo, Acta SS. apost. Petri et Pauli (Halle, 1837, 1838) ; Tischendorf, Act. apost. apocr., p. 1 et suiv. Les différences des deux textes ne sont pas aussi considérables qu’on a voulu le croire. Baur, Paulus, I p. 260-261, 2e édit. Τοῦ νόμου est sûrement une faute. Cf. Tischendorf, p, 26. Voir Eusèbe, H. E., III, iii, 2 ; Origène, In Joh., t. XX, 12, De principiis, I, ii, 3.