Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/378

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C’était la troisième tentative qui se produisait pour faire de la vie de Jésus la vie d’un être abstrait, au lieu d’une réalité galiléenne. Fruits de diverses tendances, toutes également nécessaires, — du besoin d’idéaliser une vie qui devenait celle d’un dieu, — du désir de nier que ce dieu eût eu sur la terre une famille, une race, un pays, — de l’impossibilité où était le chrétien grec d’admettre que le christianisme eût rien de commun avec le judaïsme, qu’il méprisait, ces trois tentatives eurent des succès fort divers. L’auteur des écrits pseudo-johanniques y procéda d’une façon inconséquente, incohérente, mais qui avait l’avantage de laisser subsister, à côté de la théologie du Logos, une biographie de Jésus d’un caractère historique. Sa tentative fut la seule qui réussit ; car, tout en tenant le judaïsme moderne pour un ennemi et en s’imaginant que la vérité est descendue du ciel tout entière avec le Logos, il admet que le vrai Israël a eu sa mission, et que le monde, loin d’être l’œuvre d’un démiurge hostile à Dieu, a été créé par le Logos. Les gnostiques noyèrent l’Évangile dans la métaphysique, éliminèrent tout élément juif, mécontentèrent jusqu’aux déistes, et par là se coupèrent tout avenir. Marcion fut plus sobre de spéculation ; mais le christianisme était déjà trop formé, ses textes étaient trop arrêtés, ses Évangiles trop comptés,