Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/382

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et de s’arrêter à temps, de façon à n’être qu’à moitié absurde. Son traité général contre les hérésies, ses écrits particuliers contre les valentiniens et les marcionites se sont perdus[1] ; mais ses ouvrages pour la défense générale du christianisme eurent parmi les fidèles un succès extraordinaire[2] ; on les copia, on les imita ; Justin fut de la sorte le premier docteur chrétien, dans le sens classique du mot, dont les œuvres relativement complètes nous aient été conservées.

Justin, nous l’avons dit, était un esprit faible ; mais c’était un noble et bon cœur. Sa grande démonstration du christianisme, c’était la persécution dont cette doctrine, à ses yeux toute bienfaisante, ne cessait d’être l’objet. Ce fait que les autres sectes, les juifs en particulier, n’étaient point poursuivis, la joie que montraient les chrétiens dans les supplices, la monstruosité de ces supplices, les calomnies répandues sur le compte des fidèles, le nombre des délateurs, la haine particulière que les princes du monde témoignaient envers la religion de Jésus, haine que Justin ne pouvait expliquer que par la

  1. Apol. I, 26 ; Irénée, IV, vi, 2 ; V, xxvi, 2 ; Tertullien, In Val., ch. 5 ; Eus., H. E., IV, xi, 10 ; xviii, 9 ; saint Jér., De viris ill., ch. 23 ; Théodoret, I, ch. 2 ; II, 2 ; Photius, Cod. cxxv. Cf. Lipsius, Die Quellen der ælt. Ketzergeschichte (Leipzig, 1875).
  2. Irénée, I, xxviii, 1.