Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/408

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causait les plus grands embarras. L’Église était une source de telles douceurs, que, le lendemain de leur chute, les apostats, les dénonciateurs de leurs frères, éprouvaient de cruels remords. Ils eussent voulu rentrer dans l’assemblée qu’ils avaient trahie. La situation de ces malheureux était navrante[1]. Désespérant de leur salut, ils étaient en proie à d’affreuses terreurs. On les voyait rôder, l’air sombre, autour de l’église, où ils avaient goûté tant de joies intérieures. Nul rapport entre eux et les fidèles. Avec une sévérité que Jésus n’eût pas approuvée, mais que la gravité des circonstances excusait[2], on les traitait de galeux[3], on les nommait, par une plaisanterie cruelle, « les sauvages, les solitaires »[4]. Plusieurs allaient voir les confesseurs en prison, et trouvaient une sorte de joie austère dans les dures paroles que ceux-ci leur adressaient[5]. La plupart des fidèles les considéraient comme totalement morts à l’Église et n’admettaient pas qu’il pût y avoir de pénitence pour eux. Quel-

  1. Lettre des Égl. de Lyon et de Vienne, dans Eus., H. E., V, i, 33 et suiv.
  2. Hermas, Vis. ii, 3 ; Sim. viii, 6 ; ix, 19, 26.
  3. Ἐψωριακότες.
  4. Χερσωθέντες καὶ γενόμενοι ἐρημώδεις, μὴ κολλώμενοι τοῖς δούλοις τοῦ θεοῦ, ἀλλὰ μονάζοντες… ἀγριωθέντες.
  5. Actes de saint Pione, § 13, Ruinart, p. 145, ou dans Acta SS. febr., I, p. 44-45.