Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/431

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« Ton pasteur ne viendra pas ce soir, me dirent-elles. S’il n’arrive pas, tu resteras avec nous. — Non, leur dis-je ; s’il ne vient pas, je retournerai chez moi, et demain matin je reviendrai. — Tu nous es confié, me dirent-elles, tu ne peux nous quitter. » Et je leur dis : « Où voulez-vous que je reste ? — Tu coucheras avec nous comme un frère, et non comme un homme, me répondirent-elles, car tu es notre frère ; désormais nous demeurerons avec toi, car nous t’aimons beaucoup. » Je rougissais de demeurer en leur compagnie ; or voilà que celle qui paraissait être la première se mit à m’embrasser ; ce que voyant, les autres se prirent à l’imiter, à me faire faire le tour de l’édifice et à jouer avec moi. Et moi, comme si j’étais rajeuni, je me mis aussi à jouer avec elles. Les unes exécutaient des chœurs, les autres dansaient, d’autres chantaient. Quant à moi, je me promenais avec elles en silence autour de l’édifice, et j’étais joyeux avec elles. Quand il fut tard, je voulus retourner à la maison ; mais elles ne me le permirent pas ; elles me retinrent, et je restai avec elles toute la nuit, et je me couchai à côté de la tour. Les vierges avaient étendu leurs tuniques de lin à terre, et me firent coucher au milieu d’elles, et elles ne faisaient que prier. Et moi, je priais sans cesse avec elles, et les vierges se réjouissaient de me voir ainsi prier. Et je restai là jusqu’au lendemain, à la deuxième heure, avec les vierges. Alors le Pasteur arriva et dit aux vierges : « Vous ne lui avez fait aucun mal ? — Interroge-le, dirent-elles. — Seigneur, lui dis-je, je n’ai eu que du plaisir à rester avec elles. — De quoi, dit-il, as-tu mangé ? — J’ai vécu. Seigneur, lui dis-je, des paroles du Seigneur toute la nuit. — Elles t’ont bien reçu ? me dit-il. — Oui, Seigneur, » lui dis-je…