Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/449

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loppées. On y trouvait des crèches, des établissements d’enfants trouvés[1]. L’ouvrier, si dédaigné dans l’antiquité[2], arrivait par l’association à la dignité de l’existence et au bonheur.

Cette vie intérieure, d’autant plus active que la politique ne la troublait pas, faisait de l’Asie Mineure le champ clos de toutes les luttes religieuses du temps. Les directions qui se partageaient l’Église y étaient singulièrement visibles ; car nulle part ailleurs l’Église ne fermentait davantage et ne témoignait avec plus de franchise son travail intérieur. Conservateurs et progressistes, judéo-chrétiens et ennemis du judaïsme, millénaires et spiritualistes s’y opposaient comme deux armées qui, après s’être combattues, finissaient par rompre les rangs et se mêler. Là avait vécu ou vivait encore tout un monde chrétien qui ignorait saint Paul : Papias, le plus borné des Pères de son temps, Méliton, presque aussi matérialiste que lui, l’ultraconservateur Polycarpe, les presbyteri qui enseignèrent à Irénée son grossier chiliasme, les chefs du mouvement montaniste[3] qui prétendaient revenir aux scènes du premier cénacle de Jérusalem. Là se trouvaient ou

  1. Θρέμματα, ἐργασία θρεμματικὴ. Wagener, Revue, l. c ; Corpus inscr. gr., n° 3318.
  2. Aristote, Polit., III, 5 ; Plularque, Périclès, 2.
  3. Voir notre livre VII.