Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/460

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leur ont été prêtés. Il savait évidemment par cœur l’épître de saint Clément[1]. La façon dont il rappelle aux Philippiens qu’ils ont une épître de Paul est suspecte[2]. Chose singulière dans toutes les hypothèses ! l’Évangile censé de Jean n’est pas cité, tandis qu’une phrase de l’épître pseudo-johannique est alléguée[3]. La docilité, la soumission à l’évêque, l’enthousiasme pour le martyre, à l’exemple d’Ignace, l’horreur pour les hérésies qui, comme le docétisme, ébranlent la foi en la réalité de Jésus, voilà les idées dominantes de l’auteur. Si Polycarpe n’est pas cet auteur, on peut dire au moins que, ressuscitant quelques années après sa mort et voyant les pages qu’on lisait sous son nom, il n’eût pas protesté et eût trouvé même qu’on avait assez bien interprété son esprit. Irénée, à Lyon, put y être trompé comme tout le monde, si erreur il y eut. Il reconnut dans ce morceau le caractère parfait de la foi et de l’enseignement de son maître[4].

Polycarpe, dans ces années d’extrême vieillesse, fut comme le président des Églises d’Asie. De graves

  1. Comp. Polyc., 2, 4, 7, 9, à Clém., 1, 5, 7, 9, 13, 21.
  2. § 3. Comp. pseudo-Ign., Eph., 12 ; Clém. Rom., Ad Cor. I, 47.
  3. § 7. Cf. I Joh., iv, 3.
  4. Irénée, III, iii, 4. L’épître était lue publiquement en Asie au IVe siècle. Saint Jér., De viris ill., 17. Elle a tourné autour du Canon, avec les écrits de pseudo-Ignace et de pseudo-Hermas. Credner, Gesch. des neut. Kan., p. 244, 246.