Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/471

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On admira surtout un jeune homme nommé Germanicus. Il donnait à ses compagnons d’agonie l’exemple d’un courage surhumain. Sa lutte contre les bêtes fut admirable. Le proconsul Titus Statius Quadratus[1], homme philosophe et modéré, ami d’Ælius Aristide, l’exhortait à la pitié envers son jeune âge. Lui se mit à exciter les bêtes, à les appeler, à les taquiner pour qu’elles le tirassent plus vite d’un monde pervers. Cet héroïsme, loin de toucher la foule, l’irrita. « À mort les athées ! Qu’on cherche Polycarpe ! » cria-t-on de toutes parts.

Poiycarpe, bien que blâmant l’acte de folie de Quintus, n’avait pas d’abord voulu fuir. Cédant à de vives instances, il consentit cependant à se retirer dans une petite maison de campagne, située non loin de la ville, où il passa plusieurs jours. On vint pour l’y arrêter. Il quitta précipitamment la maison, et se réfugia dans une autre ; mais un jeune esclave, mis à la torture, le trahit. Une escouade de gendarmes à cheval vint pour le prendre. C’était un vendredi soir, le 22 février[2], à l’heure du dîner. Le vieillard

  1. Waddington, Fastes, p. 219-221 ; Aristide, édit. Dindorf, I, 521 ; Philostrate, Vie des soph., II, 6 ; Wadd. Mém., p. 233 et suiv. Comp. Lucien, De morte Peregr., 14.
  2. Sur cette date, comparez les actes de saint Pione, dans Ruinart, p. 151 et suiv., et le Ménée des Grecs. Voir Zahn, p. 144-145, 163-165.