Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/485

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qualités de marchands, de domestiques, d’ouvriers, et même de médecins, que les paysans allobroges et ségusiaves n’avaient sans doute pas au même degré. La population laborieuse ou industrielle des grandes villes des bords du Rhône était pour une forte partie composée de ces Orientaux, plus doux, plus intelligents, moins superstitieux que la population indigène, susceptibles, par leurs manières insinuantes et aimables, d’exercer sur celle-ci une profonde influence. L’empire romain avait fait tomber les barrières d’esprit national qui empêchaient le contact des différents peuples. Des propagandes que les anciennes institutions gauloises, par exemple, eussent arrêtées dès le premier pas étaient devenues possibles. Rome persécutait, mais n’employait pas de moyens préventifs, si bien que, loin de nuire au développement d’une opinion aspirant à devenir universelle, elle y servait. Ces Syriens, ces Asiates arrivaient dans l’Occident ne sachant que le grec. Ils n’abandonnaient pas cette langue entre eux ; ils s’en servaient dans leurs écrits et dans toutes leurs relations ; mais ils apprenaient vite le latin et même le celtique[1]. Le grec, d’ailleurs, qui continuait à être

  1. Ἡμῶν ἐν Κελτοῖς διατριϐόντων καὶ περὶ βάρϐαρον διάλεκτον τὸ πλεῖστον ἀσχολουμένων. Irénée, I, proœm., 3.