Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/499

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comme la nature, et cette immoralité était sans conséquence. Mais maintenant la morale était devenue l’essence de la religion ; on demandait aux dieux des leçons d’honnêteté bourgeoise ; des exemples comme ceux dont la mythologie était pleine paraissaient des scandales et des objections irréfutables.

C’étaient surtout les discussions publiques entre les philosophes et les apologistes qui aigrissaient les esprits et amenaient les plus graves inconvénients. On s’y insultait, et malheureusement la partie n’était pas égale. Les philosophes avaient une sorte de position officielle et de fonction d’État ; ils touchaient un traitement pour faire profession d’une sagesse qu’ils ne prêchaient pas toujours par leurs exemples[1]. Ils ne couraient aucun risque, et ils avaient le tort de faire sentir à leurs adversaires que d’un mot ils pouvaient les perdre. Les chrétiens, de leur côté, raillaient les philosophes sur le traitement qu’ils touchaient. C’étaient des plaisanteries fades, analogues à celles qu’on a vues se produire de nos jours contre les philosophes salariés. « Ne pourraient-ils pas, se disait-on, porter leur barbe gratis[2] ». On affectait de croire qu’ils roulaient sur l’or, on les traitait d’avares, de parasites ; on opposait leurs doctrines sur la

  1. Tatien, Adv. Gr., 19 ; Dig., XXVII, i, 8 ; Capit., Ant., 11.
  2. Comp. Lucien, Eunuch., 8, 9.