Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/500

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nécessité de savoir se passer de tout à leur genre de vie, qui paraissait de l’opulence à des gens encore plus pauvres qu’eux[1].

L’ardent Justin était à la tête de ces bruyantes batailles, où nous le voyons secondé vers la fin de sa vie par un disciple encore plus violent que lui, l’Assyrien Tatianus, âme sombre, pleine de haine contre l’hellénisme. Né païen, il fit des études littéraires assez étendues, et tint école publique de philosophie, non sans y obtenir une certaine réputation[2]. Doué d’une imagination maladive, Tatien voulait avoir des idées claires sur des choses que la destinée de l’homme lui interdit de savoir. Il parcourut, comme son maître Justin, le cercle des religions et des philosophies existantes, fit des voyages, voulut être initié à tous les prétendus secrets religieux, écouta les diverses écoles. L’hellénisme le blessa par son apparente légèreté morale. Dénué de tout sentiment littéraire, il était incapable d’en comprendre la divine beauté. Les Écritures des Hébreux eurent seules le privilège de le satisfaire. Elles lui plurent par leur sévère moralité, leur ton simple, assuré, par leur caractère monothéiste et par la façon péremptoire dont elles écartent, au moyen du dogme de la création, les curiosités in-

  1. Tatien, l. c. Cf. Arrien, Epict., III, xxii, 80, 98.
  2. Tatien, Adv. Gr., 1 : Eusèbe, H. E., IV, 16.