Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/527

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et dans Matthieu sont d’habiles pastiches de ce que racontaient les anciens livres et les agadas modernes sur la naissance de Samuel, de Samson, de Moïse, d’Abraham, d’Isaac. Il y avait pour ces sortes de récits, introduction habituelle de l’histoire de tous les grands hommes, des espèces de lieux communs, toujours les mêmes, des topiques de pieuses inventions. L’enfant destiné à un rôle extraordinaire devait être né de parents vieux, longtemps stériles, « afin de montrer qu’il était un don de Dieu, et non le fruit d’une passion désordonnée »[1]. On croyait que la puissance divine éclatait mieux en l’absence des moyens humains. Fruit d’une longue attente et de prières assidues, le futur grand homme était annoncé par un ange, à quelque moment solennel. Il en fut ainsi pour Samson, pour Samuel. Selon Luc, Jean-Baptiste naquit dans des conditions analogues. On supposa qu’il en avait été de même pour Marie. Sa naissance, comme celle de Jean et de Jésus, fut précédée d’une Annonciation, avec accompagnement de prières, de cantiques. Anne[2] et Joachim sont le pendant exact d’Élisabeth et Zacharie. On remonta même au delà, et on broda sur l’enfance

  1. Protév., ch. 3 ; Cf. les Évangiles, p. 189.
  2. Ce nom est évidemment emprunté à la légende de Samuel (Protév., 6, 7).