Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/528

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d’Anne[1]. Cette application rétrospective des procédés de la légende évangélique devint une source féconde de fables, répondant aux besoins sans cesse renaissants de la piété chrétienne. On ne pouvait plus se figurer Marie, Joseph et leurs ascendants comme des personnages ordinaires. Le culte de la Vierge, qui devait prendre plus tard des proportions si énormes, faisait déjà invasion de tous les côtés.

Une foule de détails, parfois puérils, toujours conformes aux sentiments du temps, ou susceptibles de lever les difficultés que présentaient les anciens Évangiles, se répandirent par ces compositions, d’abord non avouées, ou même blâmées, mais qui finissaient bientôt par avoir raison. La caverne de la Nativité se compléta ; le bœuf et l’âne y prirent définitivement place[2]. On se figura Joseph comme un veuf, âgé de quatre-vingts ans, simple protecteur de Marie ; on voulut que celle-ci fût restée vierge après comme avant la naissance de Jésus. On la fit de race royale, sacerdotale, descendante à la fois de David et de Lévi[3]. On ne put se figurer qu’elle fût morte comme une simple femme ; on parlait déjà de son enlèvement

  1. Pseudo-Matthieu, De ortu B. M. F., ch. 1 ; Leroux de Lincy, Livre des légendes, p. 27.
  2. Pseudo-Matth., 14. Cf. Isaïe, i, 3.
  3. Protév., 10 ; Ascens. d’Is., xi, 2.