Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/531

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naassènes[1] et les manichéens[2], en se l’appropriant, le répandirent dans toute l’Asie. L’inepte Évangile oriental connu sous le nom d’Évangile de l’enfance, mis en vogue surtout par les nestoriens de Perse, n’est, en effet, qu’un développement de l’Évangile selon Thomas[3]. Il passa dans tout l’Orient pour l’ouvrage de Pierre et pour l’Évangile par excellence. Si l’Inde connut quelque Évangile, ce fut celui-là. Si le krichnaïsme renferme quelque élément chrétien, c’est par là qu’il est venu. Le Jésus dont Mahomet entendit parler est celui de ces Évangiles puérils, un Jésus fantastique, un spectre, prouvant sa nature surhumaine par une extravagante thaumaturgie[4].

La Passion de Jésus tendait aussi à se développer en un cycle de légendes. Les prétendus Actes de Pilate[5] furent le cadre dont on se servit pour grou-

  1. Philosoph., l. c.
  2. Cyrille de Jér., catéch. iv, 36 ; vi, 31 (Cyrille est le père de l’erreur selon laquelle l’Évangile en question aurait été écrit par un Thomas, disciple de Manès) ; Gélase, Décret, ch. 6 ; Tisch., p. xl, xli.
  3. Tischendorf, op. cit., p. xlix et suiv., 171 et suiv ; Fabricius, Cod. apocr. N. T., p. 150 et suiv. ; Thilo, Cod. apocr., I, p. 274 et suiv. Comp. les Miracula infantiæ, Brunet, Évang. apocr., p. 173 et suiv.
  4. Coran, iii, 31 et suiv., 43 et suiv., v. 110 ; xix, 1-35. Cf. Tisch., p. 135, 192, 197 ; Thilo, p. 111, 123, 281.
  5. V. ci-dessus p. 347-348 ; Bleek, p. 321 et suiv.