Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/538

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l’orthodoxie les adoptait, en leur faisant subir quelques corrections[1]. Ces hérétiques étaient gens très-pieux, en même temps que très-imaginatifs. Après qu’on les avait anathématisés, on trouvait leurs livres édifiants, et on s’efforçait de les approprier à la lecture pieuse. C’est ainsi que beaucoup de livres, beaucoup de saints, beaucoup de fêtes de l’Église orthodoxe sont de provenance hérétique. Le quatrième Évangile était à cet égard le plus frappant des exemples. Ce livre singulier faisait prodigieusement son chemin. On le lisait de plus en plus, et, à part certaines Églises d’Asie, qui connaissaient trop bien son origine[2], tous l’embrassaient avec admiration comme l’ouvrage de l’apôtre Jean[3].

Les faux Actes des apôtres n’ont pas plus d’originalité que les Évangiles apocryphes. Dans cet ordre, également, la fantaisie individuelle ne réussissait plus guère à s’imposer. On le vit bien dans ce

    hær. xlvii, 1 ; lxi, 1 ; lxiii, 2 ; Philastre, hær. 88 ; saint Augustin, De actis cum Fel. manich., II, 6 ; Contra adv. legis, I, 20 ; Photius, l. c. et cod. clxxix.

  1. Cf. Tischendorf, op. cit., p. x, xxi, xli ; pseudo-Mellitus, l. c ; pseudo-Méliton, De transitu, init. ; Synopse de pseudo-Ath., Credner, p. 249-250.
  2. Les aloges. V. ci-dessus, p. 54, note 1.
  3. Vers l’an 170, la présence du quatrième Évangile dans le Canon catholique ne fait plus l’objet d’un doute. V. Vie de Jésus p. lxiii-lxiv (13e édit. et suiv.)