Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/552

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nement de voir une révélation si claire du christianisme se dessiner aux marges d’un écrit qu’on croyait avoir été composé dans la sixième génération qui suivit le déluge. Il se fit de ce morceau singulier une ancienne traduction en vers latins barbares[1]. qui donna lieu à une autre fable. On prétendit que Cicéron avait trouvé le morceau érythréen si beau, qu’il l’avait traduit en vers latins, avant la naissance de Jésus-Christ[2].

Telles étaient les sombres images qui, sous le meilleur des souverains, assiégeaient des sectaires fanatiques. Il ne faut pas blâmer la police romaine d’avoir eu des moments de sévérité contre de pareils livres[3] ; maintenant puérils, ils étaient alors gros de menaces ; aucun État moderne n’en tolérerait de semblables. Les visionnaires ne rêvaient qu’incendies. L’idée d’un déluge de feu, opposé au déluge d’eau et distinct de la conflagration finale[4], était reçue par beaucoup d’entre eux. On parlait aussi d’un déluge de vent[5]. Ces

  1. Saint Augustin, l. c.
  2. Eusèbe, op. cit., ch. 19.
  3. V. ci-dessus, p. 299 et 378.
  4. Commodien, Carmen apol., 46.
  5. Josèphe, Ant., I, ii, 3 ; Méliton, De veritate (syr.), p. 50-51 (Cureton) ; IIe « épître de Clément, 16-17 (édition Bryenne) ; cf. pseudo-Justin, Quæst. ad orthod., resp. ad quæst. 74 ; Vartan Vartabed, Journ. asiat., févr.-mars 1867, p. 189 ; traditions syriennes et éthiopiennes, dans Cureton, Spicil. syr., p. 94-95. Cf. les Évanqiles, p. 170-171.