Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/560

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eût négligé de parler de la catastrophe de la ville principale ?

L’omission de tout détail sur Jérusalem se conçoit moins encore dans le récit d’Eusèbe ou plutôt d’Ariston de Pella. Le gros événement de la guerre pour Eusèbe, c’est le siège de Béther, « ville voisine de Jérusalem » ; de Jérusalem pas un mot[1]. Il est bien vrai que le chapitre de l’Histoire ecclésiastique relatif à cet événement a pour titre : Ἡ κατὰ Ἀδριανὸν ὑστάτη Ἰουδαίων πολιορκία[2], comme le chapitre relatif à la guerre de Vespasien et de Titus a pour titre (l. III, c. v) : Περὶ τῆς μετὰ τὸν Χριστὸν ὑστάτης Ἰουδαίων πολιορκίας ; mais le mot πολιορκία s’applique bien à l’ensemble de la campagne de Julius Severus, qui consista en sièges de petites villes. Au § 3 du chapitre relatif à la guerre d’Adrien, le mot πολιορκία est employé pour désigner les opérations de la prise de Béther.

Dans sa Chronique, Eusèbe suit le même système[3]. Dans sa Démonstration évangélique[4] et dans sa Théophanie[5], au contraire, où il vise à l’effet, et où il n’est plus soutenu par les propres termes d’Ariston de Pella, il se laisse entraîner à l’assimilation qui a égaré presque toute la tradition juive et chrétienne. Il se figure les événements de l’an 135 sur le modèle des événements de l’an 70, et il parle d’Adrien comme ayant contribué avec Titus à l’accomplissement des prophéties sur l’anéantissement de Jérusalem. Cette double destruction a pour lui l’avantage d’accomplir un passage

  1. Comp. Moïse de Khorène, II, 60.
  2. Hist. eccl., IV, vi ; comp. IV, v, 2.
  3. Les mots ἁλόντων Ἱεροσολύμων τὸ ἔσχατον, dans le Syncelle, sont une addition de ce chronographe (comparez la traduction arménienne d’Eusèbe et la Chronique de saint Jérôme).
  4. Démonstr. évang., II, 38 ; III, 5 ; VI, 18.
  5. Théophanie, 9 (édit. Maï).