Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/71

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de luttes ardentes. D’une part, on ne pouvait résister au torrent qui entraînait tout le monde aux plus fortes hyberboles sur la divinité du fondateur ; de l’autre, il importait de maintenir le caractère réel de Jésus et de s’opposer à la tendance qui portait un grand nombre de chrétiens à cet idéalisme maladif, d’où allait bientôt sortir le gnosticisme. Plusieurs parlaient de l’éon Christos comme d’un être distinct de l’homme appelé Jésus, avec lequel il s’était trouvé uni pendant quelque temps et qu’il avait abandonné au moment de la crucifixion. Voilà ce qu’avait dit Cérinthe, ce que disait déjà Basilide. Il fallait opposer à cela un Verbe tangible[1] et c’est ce que fit le nouvel Évangile. Le Jésus qu’il prêche est à quelques égards plus historique que celui des autres évangélistes, et néanmoins c’est une archée métaphysique, une pure conception de théosophie transcendante. Le goût est choqué d’un tel assemblage ; mais la théologie n’a pas les mêmes exigences que l’esthétique. La conscience chrétienne, si souvent affolée depuis cent ans sur l’idée qu’il fallait se faire de Jésus, avait trouvé enfin son point de repos.


Au commencement, était le Verbe[2], et le Verbe était

  1. I Joh., ii, 22 ; iv, 2, 3 ; v, 7 ; II Joh., 7.
  2. Λόγος.