Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/88

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gine du gnosticisme et celle du quatrième Évangile se rejoignent dans un lointain obscur ; ils sortent tous deux du même point de l’horizon, sans qu’il soit permis, à cause de la distance, de préciser davantage les circonstances de leur commune apparition. En une atmosphère aussi trouble, les rayons visuels de la critique se confondent.

La publicité d’un livre se produisait alors dans des conditions si différentes de celles d’aujourd’hui, qu’il ne faut pas s’étonner de singularités qui, de nos jours, seraient inexplicables. Rien n’est plus décevant que de se figurer les écrits de ce temps comme un livre imprimé, offert tout d’abord à la lecture de tous, avec des journaux qui accueillent les adhésions ou les protestations provoquées par l’écrit nouveau. Tous les Évangiles furent écrits pour des cercles restreints de personnes[1] ; aucun Évangile n’aspirait à être la rédaction dernière et absolue. C’était un genre de littérature où l’on s’exerçait librement, comme sont aujourd’hui, chez les Persans, les légendes du martyre de Hassan et de Hossein[2]. Le quatrième Évangile fut une composition du même ordre. L’auteur put l’écrire

  1. De même, au moyen âge, le livre de l’Imitation paraît avoir été, durant deux siècles au moins, à peine connu et copié.
  2. Voir les Évangiles, p. 200. Comp. Chodzko, Théâtre persan (Paris, 1878).