Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/89

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d’abord pour lui et pour quelques amis. C’était sa façon de concevoir la vie de Jésus. Il ne communiqua sans doute son ouvrage qu’avec beaucoup de réserve à ceux qui savaient qu’un tel ouvrage ne pouvait être de Jean[1]. Jusque vers la fin du iie siècle, le livre ne rencontre que l’indifférence ou l’opposition[2]. Durant tout ce temps, le cadre de la vie de Jésus, c’est le cadre des Évangiles que nous nommons synoptiques ; le ton des paroles que l’on prête à Jésus est celui des discours de Matthieu et de Luc. Vers la fin du iie siècle, au contraire, l’idée d’un quatrième Évangile est acceptée, et l’on trouve pour appuyer cette tétrade des légendes pieuses et des raisons mystiques[3].

En résumé, ce qui paraît le plus probable en ce délicat problème, c’est que, plusieurs années après la mort de l’apôtre Jean, quelqu’un prit la plume pour écrire en son nom et en son honneur un Évangile qui représentait ou était censé représenter sa tradition. Autant les commencements du livre avaient été obscurs, autant le succès définitif fut éclatant. Ce qua-

  1. C’est ce qui explique comment ni Papias, ni Justin, ni les Homélies pseudo-clémentines, ni Marcion ne connaissent le quatrième Évangile. La première attribution nette de cet ouvrage à Jean est de l’an 175 ou 180. Théophile, Ad Autol., II, 22, et Canon de Muratori, lignes 3 et suiv.
  2. Irénée, III, xi, 9 ; Epiph., hær. li.
  3. Canon de Muratori, lignes 3 et suiv. ; Irénée, III, i.