Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/93

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temps, devenir l’Évangile fondamental. Ce sera là, si l’on veut, une grande erreur historique et littéraire ; mais ce sera là une nécessité théologique et politique de premier ordre. L’idéaliste est toujours le pire des révolutionnaires. La rupture définitive avec le judaïsme était la condition indispensable de la fondation d’un culte nouveau. Or le christianisme n’avait chance de réussir qu’à condition d’être le culte pur, indépendant de tout symbole matériel. « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » Jésus compris de la sorte n’est plus un prophète ; le christianisme ainsi entendu n’est plus une secte du judaïsme, c’est la religion de la Raison. Le quatrième Évangile a ainsi donné à l’œuvre apostolique la consistance et la durée. Son auteur, quel qu’il soit, a été le plus habile des apologistes. Il a fait, mais avec succès, ce qu’ont vainement essayé les orateurs chrétiens de nos jours ; il a tiré le christianisme de ses vieilles ornières, devenues trop étroites. Il a trahi Jésus pour le sauver, comme font les prédicateurs qui prennent les semblants du libéralisme, même du socialisme, pour gagner à Jésus-Christ, par pieux malentendu, ceux que ces mots séduisent. L’auteur du quatrième Évangile a tiré Jésus de la réalité judaïque où il se perdait, et l’a lancé en pleine métaphysique. La