Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/94

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manière philosophique, purement spiritualiste, de comprendre le christianisme, au détriment des faits et au profit de l’esprit, a trouvé dans ce livre singulier l’exemple qui l’encourage et l’autorité qui la justifie.

Les personnes peu au courant de l’histoire religieuse seront seules surprises de voir un tel rôle, dans l’histoire de l’humanité, rempli par un anonyme. Les rédacteurs de la Thora, la plupart des psalmistes, l’auteur du livre de Daniel, le premier rédacteur de l’Évangile hébreu, l’auteur des Épîtres censées de Paul à Tite et à Timothée, ont émis dans le monde des textes de première importance, et ils sont pourtant anonymes. Si l’on admet que l’Évangile et l’épître qui en est l’annexe sont l’ouvrage de Presbytéros Joannes, on pourra penser que l’acceptation de ces deux écrits comme ouvrages de Jean souffrit d’autant moins de difficulté, que le faussaire s’appelait lui-même Jean et fut, ce semble, souvent confondu avec l’apôtre. On le désignait par le simple titre de Presbytéros[1]. Or nous avons justement, à la suite de l’épître pseudo-johannique, deux petites lettres d’un personnage qui a l’air de se dé-

  1. Papias, dans Eus., H. E., III, xxxix, 15. Il devait être juif ; car les chrétiens d’origine païenne n’avaient pas encore l’habitude de prendre des noms juifs.