Page:Renan - Le Judaisme comme race et comme religion, 1883.djvu/33

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raux qu’ils étaient, ils deviennent étonnamment réactionnaires. (On rit.) Le Talmud, c’est la réaction. Le judaïsme sent qu’il a été trop loin, qu’il va se fondre, se dissoudre dans le christianisme. Alors il se resserre. A partir de ce moment-là, le prosélytisme disparaît ; les prosélytes sont traités de fléau, de « lèpre d’Israël ». Mais, avant cela, je le répète, les portes avaient été largement ouvertes.

Le talmudisme même les a-t-il complètement fermées ? Non, certes ; le prosélytisme, condamné par les docteurs, n’en continua pas moins d’être pratiqué par des laïques pieux, plus fidèles à l’ancien esprit que les observateurs puritains de la Loi. Seulement, désormais, il faut faire une distinction. Les juifs orthodoxes, observateurs rigoureux de la Loi, se serrent les uns contre les autres, et, comme la Loi ne se peut très bien observer que dans une société religieuse étroitement fermée, ils se séquestrent systématiquement du reste du monde pendant des siècles. Mais, en dehors des talmudistes scrupuleux, il y a des juifs à idées plus larges.

Je ne connais rien de plus curieux à cet égard que les sermons de saint Jean Chrysostome contre les juifs. Le fond de la discussion, dans ces sermons, n’a pas un grand intérêt ; mais l’orateur, alors prêtre d’Antioche, se montre constamment obsédé d’une idée fixe : c’est d’empêcher ses fidèles d’aller à la synagogue pour y prêter serment, pour y célébrer la fête de Pâques. Il est évident que la distinction des deux sectes, dans