Page:Renard - Bucoliques, 1905.djvu/329

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Le petit gars prenait ces haricots avec ses doigts bosselés, se brûlait, soufflait, avalait et criait : « Encore ! Encore ! »

Me voyant arrêté, il se sépara de la chaise, vint jusqu’à moi, me prit la main et me suivit. Je ne le reconnaissais pas trait par trait, mais il était déjà de ma couleur.

Plus loin, j’aperçus un enfant de chœur qui marchait derrière M. le curé, vers un reposoir. Il portait, à son ventre, une corbeille pleine de bluets, de coquelicots et d’églantines. Il en jetait des poignées à droite et à gauche. Il en jetait mal ou il en jetait trop, car le maître d’école lui appliqua si bien sur sa tête nue un énorme livre de messe que l’enfant s’agenouilla du coup et se tint sage.

Mais à ma vue, il se releva, quitta la procession et me prit l’autre main.

Plus loin, collé au mur, un troisième enfant pleurait, non parce que sa grand’mère venait de mourir, mais parce qu’on lui disait : « Comment ! ta grand’mère est morte et tu ne pleures pas ! »