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BUCOLIQUES

comme des petits chats. Puis les chats dorment. Elle n’y pense plus. Elle verra bien.

Elle sait où se trouve la prochaine gare. Mais elle serait gênée devant le monde. Elle connaît un meilleur endroit, dans le bois. On lui a dit que le chemin de fer y passe, sous un pont. C’est là qu’elle veut l’attendre.

Elle s’assied sur une borne et déjeune, et, de temps en temps, par crainte d’une surprise, elle se lève pour guetter.

Et d’abord il lui semble, bien que le ciel soit pur, qu’il fait de l’orage quelque part. Elle pose son cabas et son couteau à terre, se dresse, inquiète, et se place au milieu du pont, les mains jointes sur le garde-fou.

Dans une éclaircie, elle aperçoit une fumée blanche et tortue qui monte. Le tonnerre s’éloigne ou se rapproche comme un bourdon va et vient par une croisée ouverte. Puis les arbres sifflent et hurlent, et Nanette se bouche les oreilles. Elle saute