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BUCOLIQUES

défie, car aujourd’hui on ne sait plus quoi inventer.

— Allez donc le voir d’abord, lui dit son gendre, vous causerez après. Mais vous avez trop peur.

— Il passerait sous ma fenêtre qu’il ne me ferait point lever le nez de mon ouvrage, dit Nanette.

Elle se vante, la maman ! Elle est encore plus curieuse que têtue, et elle voudrait voir le chemin de fer, mais elle voudrait le voir seule, sans être vue.

Et tout à coup, un matin, elle part. Elle n’a prévenu personne. Elle s’est habillée, comme si elle allait au marché. Elle porte, dans son cabas, un morceau de pain et un morceau de fromage et, par l’élévation du soleil, elle saura l’heure de manger.

Sur la route, elle ne regarde rien, ni les arbres, ni les prés. Elle ne s’occupe guère du champ des autres. Elle tâche d’imaginer le chemin de fer. Elle sent bouger trois ou quatre idées dans sa tête,