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BUCOLIQUES

Cette fois Nanette se rend, domptée, et elle éclate de rire.

— Débarrasse ma serviette, dit-elle, que je m’en aille.

— C’est égal, lui dis-je, faut-il que vous m’aimiez pour quitter votre ouvrage et venir de si loin, malgré vos soixante ans, m’apporter, de l’autre côté de la rivière, une belle galette cuite à mon intention !

— Tu ne le mérites guère, dit-elle.

— Je le mérite, parce que je vous aime comme vous m’aimez.

— Je crois que le temps est au beau, dit-elle, mal à son aise.

— Et je remarque, brave cousine, que si vous ne venez pas souvent me voir, vous ne venez jamais les mains vides. C’est tantôt une galette, comme aujourd’hui, tantôt un fruit ou un œuf, tantôt même un poulet que vous laissez à la maison. Et vous n’acceptez rien en échange. Si je vous offre quelque chose de mon jardin ou de ma basse-cour, vous me riez au nez ; et si je proposais de payer vos cadeaux, vous me