Page:Renard - Huit jours a la campagne.djvu/10

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MADAME PERRIER.

Mais, vous savez, il y aura ce qu’il y aura.


GEORGES.

Et que faudrait-il de plus, madame ? Je me régalerai d’œufs à la coque et de fromage à la crème.


MAMAN PERRIER.

Si vous comptez là-dessus, mon pauvre monsieur, vous vous brosserez le ventre ; il ne suffit pas de dire : Amen ! pour qu’une poule ponde et que le lait se mette à cailler.


GEORGES.

J’ai bon appétit, je mangerai de la viande ; elle doit être de première qualité dans cette contrée ; j’ai vu, par vos prairies, des troupeaux de bœufs magnifiques.


MAMAN PERRIER.

Oui, mais on ne les tient pas, et, d’ailleurs, les bœufs magnifiques, comme vous dites, on les envoie à Paris. Notre boucher ne garde que les vieilles vaches, et encore il ne tue que le samedi ; nous aurons de la veine s’il lui reste un morceau présentable.


GEORGES.

Ne vous tourmentez pas, je vous prie. À la fortune du pot ! Maurice m’a tant parlé de vous que je m’imagine déjà être de la famille.


MAMAN PERRIER.

C’est curieux, il ne nous parle jamais de vous.


MADAME PERRIER.

Oh ! si maman.


MAMAN PERRIER.

Non, non.


MADAME PERRIER.

Si, quelquefois. Monsieur étudie sa médecine, comme Maurice.


GEORGES.

C’est-à-dire, madame, que je suis plutôt clerc de notaire. Oh ! cela se vaut, nous avons fait les mêmes classes. J’ai connu Maurice au lycée Charlemagne ; je l’ai perdu de vue, puis je l’ai retrouvé, un soir d’automne, à la musique du Luxembourg. Nous nous voyons fréquemment et nous nous aimons beaucoup.


MADAME PERRIER.

Oui, oui, je me souviens.