Page:Renard - Huit jours a la campagne.djvu/11

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MAMAN PERRIER.

Moi, je ne me souviens pas.


MADAME PERRIER.

Vous vous rappelez, maman, que Maurice nous disait…


MAMAN PERRIER.

Je ne me rappelle rien du tout. D’ailleurs, Maurice ne nous parle ni de ce monsieur, ni d’un autre ; il ne desserre pas les dents.


MADAME PERRIER.

Il est de sa nature peu bavard et il n’a guère de distractions dans ce pays. Mais ses études nous coûtent si cher qu’il nous est impossible de le faire voyager pendant ses vacances.


GEORGES.

Madame, je vous assure que Maurice ne s’ennuie pas auprès de vous.


MAMAN PERRIER.

Il ne manquerait plus que ça.


GEORGES.

Il me disait en m’invitant : « Tu verras comme on s’amuse chez moi. » À maman Perrier : Chez vous, madame. « D’abord, nous parcourrons nos propriétés… »


MAMAN PERRIER.

Ses propriétés !


GEORGES.

Les vôtres, bien entendu, madame.


MAMAN PERRIER.

Quelles propriétés ? Cette bicoque et deux ou trois mouchoirs de terre autour ? J’ai soixante-sept ans, monsieur !…


GEORGES.

Vous ne les paraissez pas, madame.


MAMAN PERRIER.

Oh ! mon âge ne me fait pas honte ; ne devient pas vieille qui veut ! J’ai soixante-sept ans sonnés, monsieur, j’ai toujours vécu de mon travail et je travaille encore pour n’être à la charge de personne et pour reculer le plus possible l’époque où les gaspillages de Maurice nous mettront sur la paille. Si monsieur se croit chez des gens riches, il s’abuse.


GEORGES.

Madame, je me crois chez de braves gens et ça me suffit.


MAMAN PERRIER.

Maurice est un vantard et un orgueilleux. La mort de son