Page:Renard - Huit jours a la campagne.djvu/8

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



MADAME PERRIER.

Il faudrait le juger par un beau soleil. Ce temps gris le désavantage ; il a même plu cette nuit, dites, maman.


MAMAN PERRIER.

Il n’a pas plu assez.


MADAME PERRIER.

Qu’est-ce qu’il vous faut ?


MAMAN PERRIER.

Il me faut de la pluie… Je n’appelle pas ça pleuvoir. Le jardin meurt de soif. Après une sécheresse de trois mois, cette petite ondée lui mouille à peine la peau.


GEORGES.

C’est étonnant, madame, car il a plu très fort jusqu’à notre arrivée en gare. Je craignais même de recevoir l’averse sur le dos.


MAMAN PERRIER.

Les pays d’où vous venez ont de la chance. Tout pour les autres, rien pour nous.


GEORGES.

Votre tour viendra, madame ; après le beau temps, la pluie.


MADAME PERRIER.

Mais, j’y songe, personne ne vous attendait à la gare.


GEORGES.

Il y avait le chef de gare, et puis c’est si proche. D’ailleurs, quoi de plus agréable que ce voyage ? On s’endort à Paris, on se réveille dans un pays inconnu, à une heure matinale. On est seul, libre. On a laissé là-bas les soucis quotidiens. On se croit une vie nouvelle et l’on se sent fier de se lever avec le soleil.


MAMAN PERRIER.

Il est frais, le soleil, aujourd’hui.


GEORGES.

Oh ! madame, qu’importe un nuage de plus ou de moins à la campagne ?


MADAME PERRIER.

Je ne vous ai même pas entendu ouvrir la grille.


GEORGES.

En effet, comme c’est nature ! Il n’y a pas de sonnette à votre grille.