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la main morte

pourquoi ni comment. Peut-être le murmure d’une approche insolite avait-il frappé mon oreille.

Je revois ma chambre à demi éclairée par une veilleuse, les meubles avec leur ombre embusquée derrière eux, les portières de tapisserie reculées dans le clair-obscur incertain…

Un léger bruit, nettement réel, me dressa, rigide, les yeux braqués dans la direction de l’alarme.

La main blanche m’apparut. Elle agrippait une portière, assez haut, et tournant lentement autour de la bordure, en agitant les doigts ; pareille, en un mot, à cette araignée de cauchemar, humaine et blafarde, que j’avais conçue.

Je jetai les bras en avant, pour la repousser et pour l’attirer tout ensemble, grelottant d’épouvante et d’amour. Un cri atroce m’échappa :

— Maman !

Puis je répétai beaucoup plus bas : « Maman ! »… Mais il y avait trois semaines que la main morte était venue me trouver dans ma chambre. Entre mes deux cris, vingt et un jours avaient passé sur mon inconscience. Pour la seconde fois, la méningite me faisait grâce.

Certains chocs furent si violents qu’ils laissent en pleine âme une trace ineffaçable. Même dans l’âge mûr, le souvenir en surgit de toutes pièces et nous les rend tels quels, avec leur vigueur