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le carnaval du mystère

primitive. L’image de la main morte agrippée à la portière demeure intacte au cœur de mes rêves. L’explication du mystère est rangée dans un autre compartiment de ma mémoire.

Peut-être aussi nous répugne-t-il d’éteindre, sur un fait, la magique phosphorescence qu’une illusion lui a prêtée ?

Je veux en venir à ceci : qu’il m’arrive d’oublier à dessein les éclaircissements que mon père me donna, lorsque je lui contai le drame et lui avouai ma frayeur.

S’il n’avait pu dissimuler son agitation, ce soir-là, c’est que le bal de Mme de F… était un bal costumé, et qu’en s’y rendant, mon père rompait, sans qu’on en pût douter, avec tout un passé de constance. Retiré dans son appartement, il s’était grimé et déguisé. Mais, sur le point de partir, il avait cédé au besoin de me voir endormi… Et, à pas de loup, retenant son souffle, cachant sous un manteau noir sa souquenille de soie blanche…, un grand Pierrot, plein de sollicitude, s’était approché de ma chambre.

Il avait écarté la portière, d’une main attentive et tout enfarinée…

C’est cette main lunaire, coupée au poignet par la manche noire, qui m’était apparue dans les ombres de ma terreur.

J’avais crié. Mon père, me dit-il, s’élança… Je ne distinguais déjà plus rien. Retranché du