Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/144

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
140
LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

se passait pas des faits interlopes, que ma subconscience aurait éventés. Mais je ne sus rien démêler qui méritât l’honneur d’une crainte, si ce n’est l’intensité d’une ambiance malsaine, boréale et traîtresse, où le pire eût été de se perdre et de s’enrhumer tout ensemble.

Néanmoins, la brume se condensait infatigablement. C’était une maladie de l’espace. Elle avait matelassé le vide. Elle assourdissait le bruit de nos pas. Elle était si lourde qu’on y suffoquait, et si chargée d’eau qu’à ma place un poisson n’eût peut-être pas étouffé davantage. Positivement, l’air devenait aquatique.

J’essayai de traduire mon inquiétude en facétie :

— « Nous faudra-t-il nager, mon cher, ainsi qu’aux temps immémoriaux où l’océan pesait sur ces collines ? »

J’avais parlé comme à travers un bâillon. Fleury-Moor n’entendit pas, ou feignit de n’avoir pas entendu. Mais le fantôme taciturne qui me précédait ralentit sa marche ouatée. Jusqu’ici, j’avais pu surveiller le sol battu, couleur de cendre, où se posaient mes