Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/78

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LA CANTATRICE

passion. Cependant le plus fantastique ne s’était pas encore produit.

Tandis que l’hercule nageait vers la haute mer et s’estompait au fond de la nuit — à peu près dans la direction du dauphin, qu’on ne distinguait plus —, il me fut donné d’entendre, au large, une semblance de hennissement… Plusieurs autres suivirent et s’emmêlèrent ; de gigantesques hennissements paradoxaux, avec une résonance inhabituelle ; chœur d’étalons imitant le concert aboyeur des otaries ; chevaux mâtinés de morses ; strideurs ambiguës de l’ombre et de la mer…

À ce moment, un appel de Borelli me parvint encore, par-dessus la houle.

Une voix infiniment éloignée lui répondit…

Je n’eus que le temps de m’allonger sur le sol et de me boucher les oreilles. Je venais de me sentir marcher en avant, vers le bord de la falaise. Un pas de plus, et j’étais mort. Car cette voix de tout là-bas, tout là-bas, là-bas, c’était la voix hallucinante de Mme Borelli, mais effrénée alors, et triomphale, et qui jetait son chant printanier comme un hymne de délivrance !…