Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
75
LA CANTATRICE

Lentement je desserrai l’étau de mes poings sur mes oreilles. Ainsi je constatai que la voix humaine et les hennissements s’étaient évanouis.

La lune se leva d’un nuage massif.

Dans la mer, un point mobile venait droit sur la rive. Un autre point, brillant, le suivait à quelques brasses. Deux hommes. Le premier aborda. C’était encore Borelli. Ruisselant et soufflant, il détala vers Monte-Carlo. Le second prit pied au même endroit et s’élança d’emblée aux trousses du fuyard…

Celui-là, c’était un aïeul et c’était un géant, — le vieillard dont je constituais la fade réduction. Sa longue barbe blanche flottait au vent de la chasse. Une couronne d’or le casquait de pointes et de feux. Bien que sans vêtements, il eût rappelé Charlemagne, s’il n’eût été pins souverain qu’un empereur. D’un bras menaçant et superbe il brandissait une sorte de fourche, comme une lance et comme un sceptre.

La poursuite s’enfonça dans l’inconnu.

Je restai seul avec l’immensité.

Au bout d’une heure d’attente sous le clair