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LA CANTATRICE

de lune, j’entrepris de quitter le théâtre de ce drame équivoque. Mais avant tout, je descendis par un sentier jusqu’au lieu que Borelli avait hanté deux jours de suite, à ma connaissance, et chaque jour, à mon avis.

J’y trouvai son chapeau de feutre et sa houppelande romantique. Auprès d’eux, sur un paquet de hardes faciles à reconnaître pour celles de Mme Borelli, deux béquilles se croisaient. Il y avait aussi, contre la houppelande, un gros coquillage épineux, une conque.

À force de rechercher la place où j’avais surpris le noctambule s’efforçant de haler ce dont la rupture l’avait fait choir, je finis par découvrir un poteau solidement planté dans le sable, au ras du déferlage. Il retenait une cordelette d’acier, fine et résistante, qui plongeait dans la mer. J’en tirai peut-être deux cents pieds, le tout. Elle s’achevait par un large collier, ou plutôt par une ceinture, — une ceinture de cuir, à cadenas, qu’on venait de trancher tout à l’heure.

Quant à Borelli, son corps barrait le passage à mi-chemin de Monte-Carlo. Il était couché sur le ventre, dans la direction monégasque.