Page:Renard Oeuvres completes 1 Bernouard.djvu/203

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À l’intérieur sourdait un brasier ardent. La masse entière s’affaissait lentement.

— Ça durera toute la nuit, dit Husson.

Machinalement, du bout du pied, il secouait la cendre fine.

— C’est inconcevable, disait le docteur.

Il conclut :

— Le hasard est souvent outrecuidant.

Non loin d’eux, le petit veau roux tondait l’herbe drue, à coups de dents avides.



III


Tout le soir, Husson resta là en piquet. Le docteur le tirait par la blouse.

— Mais vous allez vous faire cuire.

— Laissez-moi, je veux voir jusqu’au bout.

Le docteur s’assit sur l’herbe, en tailleur, navré. Pour passer le temps, il fit des signes intelligents au petit veau roux.

Des domestiques accouraient des environs.

Ils se rangeaient, mornes comme leur maître, autour de l’immense monceau, qu’ils piquaient avec leurs fourches de fer.

— Faut pas éparpiller les cendres, dit Husson ; elles sont trop chaudes, elles brûleraient l’herbe d’à côté.

— La nuit tombe, dit le docteur ; si nous nous en allions ?

Mais Husson ne l’entendait pas. Il sortait de son abattement, raisonnait sur son malheur :