Page:Renard Oeuvres completes 1 Bernouard.djvu/31

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XIX
PRÉFACE.


vais chercher à compléter mes cent francs insuffisants. Ce sera dur. Le 5 avril : " Ce travail n’a rien de commun avec mes goûts et un emploi dans les bureaux administratifs du Temps ferait bien mieux mon affaire. " Le 8, il aura à payer 75 francs de loyer. Nouvel appel à la bourse paternelle ; antérieurement, il en fait de 100, voire de 100 francs. Le 24 juin, rien de nouveau pour le Temps. En juillet, sans doute dans les premiers jours : " Je savais, depuis un mois, que le Ier juillet je me trouverais sans emploi... Je pourrais t'expliquer de bien des façons mon départ des Magasins généraux, mais je crois que la vraie raison a été le désir que le directeur avait de me remplacer par un malheureux père de famille qu’il connaissait particulièrement. " Comme il vient à propos, ce " malheureux père de famille " ! Comme on devine que Renard, dans ces bureaux, estime qu'il n’est pas à sa place ! Mais, d'autre part, il a affaire à un autre " père de famille ", qui n'est pas, à proprement parler, " malheureux " mais qui ne peut plus l’entretenir à ne rien faire, et qu'il s'agit de ménager. Je ne lui dirai donc pas que, de ces Magasins généraux, je suis parti de mon plein gré. L'idée pourra lui venir que, si j'avais été un employé modèle, on ne m'aurait pas remplacé par le " malheureux père de famille ", mais j'aurai pris les devants, et ce ne sera point chez lui, malgré tout, une certitude qu'on m'ait remercié, ou que je sois parti de moi-même, dégoûté.

Il est donc sur le pavé ? Non point, car M. Lion l'attache à sa maison pour la modeste somme de cent francs par mois. Il note, le 6 juillet :

" J'ai aujourd’hui cent francs par mois pour aller tous les deux jours au bureau demander quelque chose à faire, et il n'y a jamais rien à faire. " Il jouit donc d'une certaine liberté. Son protecteur le présente " à