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XXIX
PRÉFACE.


l’on pourrait tenir Clamecy et ses cantons pour peu favorables aux idées révolutionnaires c’est-à-dire aux idées de justice et d’égalité à tout prix, et même à l'idée de fraternité, qui ne peut incruster que dans des cœurs puérils. Ce serait oublier les flotteurs de Clamecy, corporation frondeuse et peu disposée à s’en laisser conter. Du commencement du XVIIIe siècle au milieu du XIXe elle fit grève, avant la lettre, une dizaine de fois, et ce furent de véritables insurrections où la force armée dut intervenir.

Le même sous-préfet a parlé de " cette race clamecycoise enclavée entre la Bourgogne, le Morvan et le Nivernais proprement dit, race vigoureuse, composée en majorité d’ouvriers flotteurs dont le caractère indépendant, le tempérament impressionnable, l’esprit caustique, s’allient à un réel bon sens. Les enfants, associés dès l'âge le plus tendre aux pénibles travaux de leurs pères, entendent et répètent leurs lazzis qui portent, avec une vivacité d’esprit et une légèreté d’expressions toutes locales, sur les choses les plus respectables et les plus sacrées. " Ce sont de leurs ancêtres, et pas si lointains, qu’on vit, dès les premières émeutes de 1789, se répandre dans Paris, ces " horribles tireurs de bois flotté " selon Restif de la Bretonne, débardeurs et conducteurs de trains, nourris dans les forêts de la Nièvre et de l’Yonne, vrais sauvages habitués à manier le croc et la hache, et qui prennent part, avec leurs femmes, aux massacres de septembre.

En décembre 1851, la protestation contre le Coup d’État y fut plus violente qu’ailleurs. Tout cet esprit frondeur et révolutionnaire, à base de rationalisme, a trouvé sa meilleure expression locale dans l’œuvre de Claude Tillier, originaire de Clamecy, où il mourut. Instituteur pauvre, de la société il ne voyait et n’aimait que le peuple. Pitoyable position en face de la vie multiforme ! Il croyait au progrès déterminé par les idées de