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8 LE SYMBOLISME

incomplet qui, après avoir publié quelques beaux vers, que tout le monde est d'accord pour admirer, se perdit en des sophismes nébuleux dont l'action dévia momentanément ses plus fervents apologistes.

Il reste aussi la protestation de M. de Gourmont qui, l'an dernier, s'indignait fort que neuf sur dix des poètes actuels préférassent à Mallarmé, Notre Père éternel : Victor Hugo.

Or, il y a beau temps que les symbolistes sont revenus de leur voyage au pays des brouillards ; et ils n'ont pas attendu les injonctions naturistes pour s'intéresser à la vie. Lisez les livres qu'ils publient. Lisez, par exemple, les vers et les romans de M. de Régnier, de M. Moréas, de M. Verhaeren, de M. Stuart Merrill, de M. Paul Adam, de M. Kahn, la Vie des Abeilles de M. Maurice Maeterlinck, vous y trouverez un large panthéisme et, exprimées dans une langue savante, claire et musicale, une vision aiguë de la société actuelle, la nature sous ses aspects les plus grandioses et des sensations saines.

Bien que leurs aspirations soient assez confuses, il semble que les nouveaux venus rêvent de se produire dans un sens différent. Ils ne se contentent pas de dire leurs propres joies et leurs propres tristesses, ni de décrire, sans en tirer une morale utilitaire, les mœurs de notre époque. Ils veulent surtout prêcher, munir de