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LE POÈME DE LA SIBÉRIE

XVII

LA RÉSURRECTION DES PEUPLES


Du milieu de l’obscurité qui survint alors se leva comme une grande aurore boréale, comme un incendie dans les nuages.

Et la lune, fatiguée, descendit dans le ciel en feu comme une blanche colombe qui le soir vient se poser sur une chaumière empourprée par le soleil couchant.

Éloa s’assit sur le corps du trépassé ; une étoile mélancolique brillait dans ses cheveux épars.

Et soudain, du milieu de l’aurore enflammée, s’élança un guerrier à cheval ; il était tout armé et s’avançait avec un galop formidable.

La neige s’écartait devant la poitrine de son cheval, comme l’onde écumante devant un navire.

Dans la main du guerrier était un étendard sur lequel flamboyaient trois lettres de feu[1].

Et ce guerrier, s’étant approché du cadavre, cria d’une voix retentissante : — Ici était un soldat : qu’il se lève !

Qu’il monte à cheval, je le conduirai plus vite que l’ouragan là où il pourra se réjouir au milieu des combats.

Voilà que les nations ressuscitent et que les villes sont pavées de cadavres ; le peuple triomphe !

Au bord des fleuves ensanglantés, sur les balcons de leurs palais se tiennent les rois pâles, serrant autour de leurs poitrines leurs manteaux d’écarlate pour les protéger contre les balles qui sifflent et contre l’ouragan de la vengeance populaire.

Leurs couronnes s’envolent de leurs têtes comme les aigles du ciel : les crânes des rois sont à nu.

Dieu lance sa foudre sur leurs têtes blanchies, sur leurs fronts découronnés.

Que celui qui a une âme se lève ! Qu’il vive ; car voici le temps de vivre pour les forts !

Ainsi parla le guerrier, et Éloa, se levant de dessus le cadavre dit : — Guerrier, ne l’éveille pas, car il dort !

  1. Le mot polonais LUD, qui vent dire peuple.