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THÉORIE DU CRÉDIT
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I
NATURE DU CRÉDIT


1. Le crédit est la location du capital. Et qu’est-ce que le capital ? En toute rigueur, c’est la partie de la richesse sociale qui se loue sous forme de monnaie[1]. Le mot de capital (comme celui de revenu) a ainsi, en économique, deux sens différents qui se distinguent aisément avec un peu d’habitude. Quant on dit : un capital, des capitaux, les capitaux (fonciers, personnels, mobiliers), il s’agit des choses valables et échangeables qui servent plus d’une fois ; quand on dit : du capital, le capital (fixe, circulant), il s’agit des choses qui ont été empruntées et seront restituées non en nature, mais en monnaie.

Les capitaux personnels et les capitaux fonciers se louent toujours en nature ; ils ne sont donc, les uns et les autres, jamais du capital, et leur location ne constitue pas une opération de crédit. Le travailleur et le propriétaire foncier, louant ainsi l’un ses facultés personnelles et l’autre sa terre en nature, sont toujours assurés sinon de toucher exactement l’un son salaire et l’autre son fermage (ils peuvent au surplus prendre diverses précautions pour cela), du moins de retrouver, à l’expiration du bail, quelle qu’en soit la durée, l’un son capital personnel et l’autre son capital foncier. Les propriétaires de beaucoup de maisons et bâtiments et de quelques meubles, vêtements, machines et outils sont dans le même cas ; et la location de ces capitaux mobiliers n’est pas non plus une opération de crédit. Mais tous les autres capitalistes sont dans une situation bien plus périlleuse. Ils louent leurs capitaux proprement dits non en nature, mais en monnaie, et ne sont jamais sûrs non seulement de toucher exactement leurs intérêts (ce pourquoi ils peuvent aussi prendre certaines mesures), mais même de retrouver, à l’expi-

  1. Cette définition est celle que j’ai donnée dans les Éléments d’économie politique pure. Voyez notamment les 19e, 23e et 25e leçons. Elle a une conséquence un peu choquante pour nos usages ; celle d’exclure du capital le capital actions des entreprises, qui n’est pas emprunté. On évitera, si l’on veut, cet inconvénient en considérant le capital-actions comme emprunté par la société à ses actionnaires.