Page:Revue d’économie politique, 1898, A12.djvu/141

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ration du bail, une somme de monnaie égale à celle qu’ils ont prêtée. C’est pour cela qu’il faut qu’ils aient confiance et qu’on dit qu’ils font crédit (de credere).

2. D’où vient cette différence ? De ce que la plupart des capitaux mobiliers employés dans l’industrie agricole, manufacturière ou commerciale sont d’une nature éminemment spéciale et telle que, propres à servir dans une certaine industrie et dans une certaine entreprise, ils ne le seraient pas à servir ni dans une autre industrie ni dans une autre entreprise de la même industrie. Une presse à imprimer ne peut servir que dans une imprimerie, et, en outre, l’imprimerie aura besoin de telle ou telle presse selon qu’elle imprime des livres ou des journaux, des journaux de grand ou de petit format, d’un tirage restreint ou considérable. Une locomotive ne peut servir que dans un chemin de fer, et, en outre, le chemin de fer aura besoin de telle ou telle locomotive selon qu’il s’agit de traîner des voyageurs ou des marchandises, sur de faibles ou fortes rampes. Un capitaliste qui, ayant formé son capital en monnaie par l’épargne, achèterait une presse d’imprimerie ou une locomotive et les offrirait en location à des imprimeurs ou à des compagnies de chemins de fer n’en trouverait très probablement pas le placement. Si, au contraire, il offre de la monnaie, nombre d’imprimeurs ou de compagnies la lui demanderont pour acheter eux-mêmes des presses d’imprimerie ou des machines à leur convenance.

Il faut ajouter qu’à la différence des facultés personnelles qui s’usent, mais par le fait de l’âge et non du travail, et des terres qui ne s’usent pas, les capitaux mobiliers s’usent par le fait du service qu’ils rendent. Supposons un capitaliste louant, malgré tout, une presse en nature à un imprimeur; à l’expiration du bail, celui-ci la lui rendrait à l’état non de capital neuf, mais de capital usé. Dans l’impossibilité de prévoir à l’avance le degré d’usure, il faudrait stipuler une estimation et une compensation de l’usure en monnaie. Il est bien plus simple que l’entrepreneur qui fait l’usure fasse l’amortissement et rende une somme de monnaie exactement égale à la somme reçue.

Ce que nous venons de dire à propos de capitaux fixes s’applique à bien plus forte raison aux capitaux qu’on appelle circulants et qui ne sont autre chose que des revenus. C’est surtout des matières premières et des produits neufs devant figurer à l’étalage qu’on peut dire que, susceptibles d’être utilisés dans une entreprise, ils